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La grande interview : Séverine Lepère

PUBLIÉ LE 8 JUIN 2023
FRÉDÉRIC BURGUIERE
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La grande interview : Séverine Lepère
« L’enjeu d’ici 2040 est bien d’accélérer, d’aller plus loin…» Séverine Lepère
Enveloppe budgétaire, modernisation du réseau ferré, impact des JO… La rénovation du réseau ferré de la région Île-de-France s’effectue à un rythme très soutenu … Séverine Lepère, Directrice Générale de SNCF Réseau Île-de-France nous a accordé une interview pour faire le point.
 
BTP Rail : Madame Lepère, comment avez-vous accueilli les annonces du gouvernement concernant le plan de développement du ferroviaire à l’horizon 2040 ?
Séverine Lepère : Il faut se remémorer que le gouvernement a fait le choix de doubler la part du ferroviaire en France à cet horizon, ce qui est hyper volontariste en termes de développement, de transfert modal et de décarbonation des transports. Ce scénario a été suivi par l’annonce d’une enveloppe de 100 milliards d’euros de financement supplémentaire. Pour nous c’est évidemment une excellente nouvelle et notamment pour l’Île-de-France qui représente 40 % du trafic national sur 2 % du territoire et 10 % du réseau. En revanche, doubler le trafic sur un territoire aussi dense est un vrai défi, et particulièrement sur la partie régénération du réseau. Nous devons avoir un réseau structurant qui soit d’une fiabilité très importante, et dans tous les cas, meilleure qu’à l’heure actuelle.
 
BTP Rail : Que représente le niveau de régénération pour l’Île-de-France ?
S.P. : Cela fait 7 ans que nous augmentons le niveau de régénération avec une enveloppe budgétaire qui est autour des 800 M€/an. L’année 2022 a été une année record : nous avons dépassé cette enveloppe de 10 %. De fait, l’année dernière nous avons renouvelé près de 157 km de voies, remplacer 216 appareils de voies. Nous avons également mené des opérations coup de poing, dont certaines emblématiques à l’image du remplacement de 24 aiguillages en gare de Lyon. L’enjeu d’ici à 2040 est bien d’accélérer, d’aller plus loin… Ce n’est pas un défi uniquement pour SNCF Réseau, mais également pour les autorités publiques car il va falloir trouver les financements, des solutions pour que les travaux impactent au minimum les voyageurs. C’est aussi un défi aussi pour tous nos partenaires industriels qui vont devoir avancer en même temps que nous au gré des financements.
 
BTP Rail : Pour autant, seuls, les travaux de régénération ne permettent pas de doubler le trafic sur un territoire aussi dense…
S. P. : Effectivement, et je vous confirme que le nombre de voies ferrées ne va doubler en Île-de-France… En revanche, des solutions existent à travers la signalisation et l’identification des points de saturation. C’est un travail que nous effectuons de longue date afin de redonner de la capacité à un tronçon avec un minimum d’investissement. Prenons le cas du « saut-de-mouton » de Bercy. Nous savons que nous avons du potentiel dans cette zone pour augmenter le nombre de trains. En revanche, cela ne pourra être possible que si nous investissons dans ce saut-de-mouton. Nous ne disons pas que nous allons doubler les voies à Bercy, mais qu’avec ce saut-de-mouton et quelques autres aménagements, il est possible d’augmenter substantiellement la capacité de cette gare.
 
BTP Rail : Vous avez mentionné vos partenaires. Comment travaillez-vous avec ces derniers pour relever ces défis ?
S. P. : Cela fait longtemps que nous travaillons avec nos partenaires industriels à transformer la façon de conduire des travaux en Île-de-France… En l’espace de 5 ans nous avons réussi à doubler la quantité d’investissement en Île-de-France. Nous partons donc d’une référence que l’on connaît. Nous allons continuer à donner de la visibilité au secteur industriel lors des ateliers de la réussite par exemple, pour que ces derniers puissent anticiper les évolutions, poser des questions, etc. À chaque fois que nous avons annoncé des transformations , cela a été suivi d’effets. Le second levier, qui va dans le sens de la visibilité, est que nous allons nous orienter de plus en plus vers des marchés pluriannuels afin que les industriels soient en capacité d’investir dans du matériel, du personnel, dans la formation… Ce que ne permettent pas les petits marchés au « coup par coup ».
 
«« Pour SNCF Réseau, la maîtrise des coûts est une obsession. Soit les financements émanent de nos fonds propres, soit de nos financeurs publics. Dans le premier cas il est précieux, dans le second il est encore plus précieux » Séverine Lepère
 
BTP Rail : Si les vannes financières semblent ouvertes, quelles sont les actions mises en place pour maîtriser les coûts ?
S. P. : Pour SNCF Réseau, la maîtrise des coûts est une obsession… Soit les financements émanent de nos fonds propres, soit de nos financeurs publics. Dans le premier cas ils sont précieux, dans le second ils sont encore plus précieux… Il faut donc absolument tenir les coûts des projets. Pour y parvenir, deux leviers : le premier, c’est de prendre le temps qu’il faut pour estimer les coûts en tenant compte des particularités d’exécutions. Il n’est pas facile d’établir un devis pour des travaux sur un pont, mais il est encore plus difficile d’établir un devis pour un pont, qui nécessite trois heures de travail de nuit, auxquelles s’ajoutent un ou deux week-ends, et une restitution avec un ralentissement non pas à 40 km/h mais à 80 km/h faute de quoi le plan de transport ne passe pas… Il faut donc être très à cheval sur les estimations. Le second levier, rejoint les accords pluriannuels que je viens de mentionner, en entrant dans une logique de partenariat sur du long terme avec le tissu industriel. À chaque fois que l’on confie un nouveau marché un temps d’ajustement est nécessaire entre les industriels et SNCF Réseau.
 
BTP Rail : Où en êtes-vous sur l’attribution des appels d’offres ?
S. P. : Nous effectuons des appels d’offres en permanence. Toutefois, dans le cadre de l’enveloppe des 100Mds €, nous avons partagé avec l’Etat le fait qu’une accélération des investissements ne pouvait se faire du jour au lendemain, et qu’il faudrait 4 ou 5 ans pour atteindre un régime de croisière et adapter complètement notre dispositif industriel. De notre côté, il faut que nous ayons étudié les différents projets, que nous soyons capables d’évaluer précisément l’impact pour les voyageurs, et il faut que nous ayons construit les appels d’offres et trouver les partenaires industriels pour cette accélération…
 
BTP Rail : Pour beaucoup, les efforts pour décarboner les travaux ne sont pas assez valorisés. Est-ce que vous allez intégrer ce point pour les futurs appels d’offres ?
S. P. : Des réflexions sont en cours sur cet aspect avec les différents syndicats professionnels. L’une d’elles porte notamment sur une valorisation du bilan carbone dans les notations des attributions des appels d’offres… L’idée pourrait être de valoriser en euro la tonne de carbone produite et, en fonction des solutions qui sont retenues, de valoriser cette dimension dans la cotation de l’attribution du marché. En parallèle, SNCF Réseau ses travaux dans une démarche poussée d’économie circulaire. Nous nous sommes fixés un objectif de collecter 100% des composants issus de nos chantiers d’ici 2025 pour les valoriser.
 
« Les J.O. ce sont près de 10 millions de visiteurs attendus… C’est une situation vraiment hors-norme. Il est attendu de nous une qualité de service et le cas échéant une réactivité absolument irréprochable » Séverine Lepère
 
BTP Rail : Comment s’inscrit le premier semestre sur les objectifs fixés en termes de sécurité, de qualité pour 2023 ?
S. P. : Globalement nous sommes satisfaits de notre premier semestre. À l’exception d’un chantier pour cause d’intempérie, les opérations « coup de poing » du mois de mai se sont très bien déroulées aussi bien en matière de contenu des travaux ainsi qu’en termes de restitution à l’heure des chantiers. La sécurité est l’une de nos obsessions. Sur le terrain, nous avons des briefs sécurité systématiques pour détailler les conditions d’intervention et de déplacement. Nous allons encore plus loin, avec la mise en place de « journées blanches » avec nos agents, en présence de nos partenaires.
 
BTP Rail : En quoi consistent ces dernières ?
S. P. : Les journées blanches sont des temps d’arrêt sécurité qui sont effectués sur l’ensemble de nos chantiers. Elles s’adressent à l’ensemble des acteurs, cheminots et entreprises externes. Nous prenons un temps important de quelques heures avant de commencer le chantier pour faire un rappel de sécurité, le débrief d’un certain nombre d’incidents qui ont pu se passer sur le chantier ou ailleurs, identifier les risques qui ne seraient pas, ou mal adressés, etc. Je tiens à souligner que les entreprises se sont beaucoup investies, et que leur participation contribue au partage des règles de sécurité et des bonnes pratiques.
 
BTP Rail : Quels sont les premiers retours sur ces journées blanches ?
S.P. : Pour notre part, nous avons de très bons retours. C’est la première fois que l’on joue vraiment à égalité et à hauteur d’hommes. C’est vraiment le chantier et les opérationnels qui sont mis au centre des discussions. À l’heure où je vous parle, nous avons en l’espace d’un mois, organisé plus de 90 % des journées blanches que nous devions réaliser pour aborder tous les sujets.
 
BTP Rail : Comment avez-vous anticipé l’impact des J.O. de Paris dans la programmation des chantiers ?
S. P. : Les J.O. ce sont près de 10 millions de visiteurs attendus… C’est une situation vraiment hors-norme pour laquelle on attend de nous une qualité de service optimale et le cas échéant une réactivité absolument irréprochable. Nous allons être particulièrement attentifs à la qualité de notre exploitation mais aussi à celle de notre maintenance. Notre activité travaux va diminuer progressivement pour aller au plus près des J.O. , à l’exception de la maintenance que nous allons renforcer. Naturellement après les J.O. nous reprendrons une activité très dense. Programmés depuis deux ans, les marchés sont pour la plupart passés sur 2024. Toutefois nous avons essayé de garder des activités dans des zones qui n’interfèrent pas avec les J.O.
 
BTP Rail : Quel regard portez-vous sur les problèmes de recrutement, de fidélisation que rencontre le secteur ?
S. P. : Ce sujet n’est pas propre au ferroviaire mais touche tout le secteur industriel. Chez SNCF Réseau Île-de-France nous avons prévu de recruter 900 personnes en 2023, notamment sur des métiers d’électriciens, d’agents de signalisation, d’aiguilleurs…. Nous avons des actions à notre main pour recruter des cheminots en accompagnant les recrutements avec des propositions sur le logement… Qui est un vrai sujet pour nos candidats. Nous avons lancé mi-juin une campagne de recrutements spécifiques à l’Île-de-France avec une dimension chantiers/travaux. Parallèlement nous avons envie de travailler conjointement avec le secteur professionnel sur ce sujet, et à l’heure où je vous parle (mi-juin NDLR) se lancent des groupes de travail avec les syndicats professionnels pour regarder dans quelles mesures nous pourrions prendre ensemble un certain nombre d’initiatives afin de promouvoir les métiers des travaux ferroviaires, et ce pour l’ensemble des acteurs du secteur.
 
Propos recueillis par Frédéric Burguière
 
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