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[Tribune] Alerte à la marginalisation des mortiers et bétons biosourcés dans la RE2020

Par la rédaction. Publié le 2 novembre 2021.
[Tribune] Alerte à la marginalisation des mortiers et bétons biosourcés dans la RE2020
Laurent Arnaud, Directeur du domaine Bâtiment au Cerema
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La réglementation environnementale 2020 positionne les matériaux biosourcés comme solutions prioritaires - voire inéluctables - pour un futur éco-responsable dans les constructions neuves, tant en logements qu’en bâtiments tertiaires. Or, actuellement, les mortiers et bétons biosourcés sont quasi absents du débat et notamment, le fonctionnement hygrothermique n’est pas pris en compte alors qu’il s’agit de l’une de leurs performances essentielles. Ceci pénalise lourdement leur diffusion. Laurent Arnaud, Directeur du domaine Bâtiment au Cerema se livre sur le sujet…
 
« Nous militons pour des évaluations de tous types de bâtiment et devons en mesurer les performances réelles. Ne plus se focaliser uniquement sur la conductivité thermique des matériaux - et leurs variations - car les matériaux biosourcés ne fonctionnent pas seulement comme cela. Ils sont sensibles à la vapeur d’eau. Le moteur de calculs réglementaires n’est pas adapté aujourd’hui car il ne prend pas en considération la diffusion de vapeur et les changements de phases des transferts hygrothermiques ! Cela fait 10 ans que nous nous en sommes aperçus et que nous le signalons. Le phénomène de changements de phases étant non linéaire, il y a de réelles difficultés à le modéliser mais nous sommes tout à fait capables de créer un outil fiable dans une temporalité courte : environ un an. Il est urgent d’élaborer un moteur de calculs réglementaires adapté afin que tous les bureaux d’études se l’approprient. Cela se révèlera bénéfique pour l’ensemble des acteurs mais, à ce jour, la filière des mortiers et bétons biosourcés ne se mobilise pas sur cette question essentielle à son développement. Des solutions existent : une réaction salutaire est indispensable !
Nous possédons tous les éléments - techniques et scientifiques - afin de réaliser des simulations thermiques fiables pour les bétons végétaux. Une thèse de doctorat visant à la modélisation du fonctionnement hygrothermique - soutenue à L’ENTPE - date déjà de 2010 !
Alors que la filière possède la maturité nécessaire en termes de production de matières premières, son vrai développement va-t-il demeurer un serpent de mer ? Il ne le doit pas… Il ne le peut pas… car l’utilisation des matériaux biosourcés permet de réduire - instantanément - l’impact carbone des constructions de 60% (taux de substitution - source Hub des prescripteurs bas carbone) !
Rappelons les atouts des bétons végétaux tant en constructions neuves qu’en rénovation : ils présentent de bonnes capacités d’isolation thermique grâce à leur micro-porosité ; leurs performances hygrothermiques régulent l’humidité et améliorent l’isolation. Ils offrent également une absorption acoustique remarquable et ce sont de véritables puits de carbone. Autres intérêts : leur renouvellement annuel ainsi que leur disponibilité à l’échelle locale/régionale.
 
La France s’est engagée comme aucun autre pays à travers le monde.
 
Rappelons aussi que la France est le référent au niveau international concernant les matériaux de construction biosourcés. Ceci, notamment, au travers des bétons végétaux issus du chanvre, du lin, du miscanthus, des balles de riz... L’expertise française s’avère réelle mais demeure une inconnue : allons-nous saisir l’opportunité de développement - précieux pour la dynamique économique et crucial pour la planète - qui s’offre à nous ?
Nous pouvons affirmer que l’État a été précurseur en pilotant la RE2020. Il a suscité l’élan et a su porter les démarches de développement, ce dont nous nous félicitons. Il s’est inscrit dans une vision globale alors que la filière des mortiers et bétons biosourcés tarde encore à s’éveiller à l’intérêt collectif. Normalisation, moteur réglementaire, fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES), analyse du cycle de vie (ACV)… sont des outils indispensables pour faire entrer de plain-pied les matériaux biosourcés dans la construction et la réhabilitation. Certaines actions - comme la normalisation à laquelle nous participons - démarrent mais il reste beaucoup à faire afin d’atteindre les objectifs.
Ce qui interpelle, c’est l’audace de l’État avant-gardiste et la timidité de la filière repliée sur elle-même sur ce sujet plus que d’actualité. Pourquoi n’a-t-elle pas endossé le rôle d’activateurs d’innovation ? Espérons que son inertie ne soit pas fatale à ces matériaux.
La filière traditionnelle du béton demeure statique quant à sa conversion aux biosourcés… C’est préjudiciable à l’heure où il est nécessaire d’opérer des changements radicaux et concrets dans la construction. L’État doit encore poursuivre son action et encourager la filière des matériaux biosourcés. Cela pourrait se faire au travers d’incitations avec, par exemple, un taux réduit de TVA à 5%.
 
Un oeil dans le rétro, un oeil sur l’avenir
 
La RT2012 se focalisait sur la partie consommation énergétique dans la phase d’utilisation du bâtiment. La RE2020 bouleverse la donne en apportant deux évolutions majeures : l’une associant économies d’énergie et impacts carbone, l’autre élargissant l’évaluation des bâtiments à l’ensemble du cycle de vie (construction, utilisation et fin de vie). Les études récentes (OBEC, expérimentations E+C-) montrent que 75 % des gaz à effet de serre sont émis lors de la production des matériaux et de la construction du bâtiment. Les mortiers et bétons biosourcés ont donc toute leur place au coeur de la stratégie de la RE2020 mais aussi en rénovation !
 
Rénover avec les matériaux biosourcés
 
Chaque année en France, nous ne renouvelons que 1% du parc immobilier. La question de la rénovation est donc un enjeu crucial et prioritaire. Nous devons massifier l’usage des bétons biosourcés qui possèdent toutes les caractéristiques adéquates (physique, mécanique, thermique, acoustique …) pour des réhabilitations performantes, notamment pour le bâti ancien qui concerne 1/3 des Français. Enfin l’analyse des chantiers récents montre que l’écart quant à l’aspect économique est infime en coût global sur les opérations. Ceci, au regard du bénéfice environnemental effectif des bétons végétaux en rénovation.
Notre avenir s’inscrit pleinement dans une économie circulaire et au travers de bâtiments évolutifs. Soyons pertinents, innovants, rigoureux et intransigeants quant à nos engagements. Ceci, pour notre bien à tous et afin de bâtir des projets ambitieux aux fonctions mutualisées ».
 
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