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Emmanuel Lechypre (BFM Business) : « Le monde relocalisé a un coût »

Par Julia Tortorici. Publié le 8 décembre 2022.
Emmanuel Lechypre (BFM Business) : « Le monde relocalisé a un coût »
Crédit : DLR
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C’est à l’occasion de la Journée des métiers organisée par DLR qu’Emmanuel Lechypre, éditorialiste économique sur BFM Business et RMC, a dressé les grandes tendances conjoncturelles de 2023 alors que 2022 s’achève sur une note pas si négative. De grands défis attendent néanmoins les entreprises, notamment en matière de main d’oeuvre.

Hausse globale des coûts

La tendance de fond ? « La relocalisation de l’industrie. En soi, une bonne nouvelle. Elle s’accompagne d’une désintermédiation de l’entreprise qui endosse désormais le pagne du Sumo. Comprenez, l’agilité prévaut sur la taille », débute Emmanuel Lechypre lors d’une conférence centrée sur la conjoncture et les prévisions à la Journée des métiers de DLR. Le pétrole, invité anonyme mais omniprésent de cet évènement, a eu droit à une tribune toute particulière. Alors que les investissements dans le pétrole s’élevaient à 700 milliards d’euros en 2014, ils en représentent aujourd’hui la moitié. « Il faut savoir que la transition énergétique n’existe pas, a rappelé l’éditorialiste. Jamais une énergie n’en a un jour remplacé une autre ». Et d’évoquer la Norvège, le pays européen étant allé le plus loin dans l’électrification avec 50% de son parc automobile constitué de véhicules électriques. Résultat : la consommation de pétrole ne baisse pas pour autant. « Nous aurons encore besoin d’investir dans les énergies fossiles afin de pouvoir investir dans les énergies renouvelables, lesquelles sont pour l’instant plus chères et plus denses parce qu’elles internalisent le carbone », a-t-il ajouté. Quant aux coûts de production, qui s’envolent en raison de la vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement, il est acté qu’ils augmenteront dans les prochaines années. « Mais pas de façon pérenne car nous allons droit vers une diversification des filières d’approvisionnement », a tempéré l’éditorialiste. Les coûts sont encore réhaussés par une pénurie de main d’œuvre dorénavant bien installée. Pas de doute, le vieillissement démographique est à l’œuvre et pour longtemps. La contrainte de rareté reprend le pas sur la contrainte de qualité. « Le choc pétrolier doublé d’une crise sanitaire sont des perturbations inconnues depuis la 2e Guerre mondiale. Le chamboulement aura eu tout de même pour conséquence une importante progression – nous avons gagné 5 à 6 ans en moyenne -  sur la digitalisation », complète-t-il.

Des montagnes russes à l’inversion

Malgré une année en dents de scie géantes, la croissance en 2022 n’a pas si mal tenu : +3% dans la zone Euro, +2,5% en France. Les défaillances d’entreprises sont même baissées à 3 500 par mois contre 4 500 par mois avant la crise. « 2022 peut donc être qualifiée d’année de résistance micro-économique, reprend Emmanuel Lechypre. Il faut s’attendre à une inversion en 2023. Pas de choc extrême, ni de scénario catastrophe en termes de macro-économie. Le meilleur indice sont les marchés boursiers qui ont retrouvé des niveaux normaux ». 2023 se veut donc plus calme, sans surprise mais déjà annoncée compliquée pour les entreprises. Avant toute chose, la croissance sera faible. De l’ordre de +0,6% contre une prévision de +2% initialement. En cause, la remontée des taux d’intérêt qui coûte cher (0,4 points). Les mesures budgétaires publiques consacrées à l’énergie ne faibliront pas mais ne feront gagner que 0,7 points de plus. La ponction du choc énergétique sera donc plus forte en 2023, avec pour conséquence l’amputation de 2 points de croissance. « Si l’Europe est confrontée à un choc énergétique déséquilibré par une raréfaction de l’offre, la Chine, par exemple, cumule la pandémie avec une crise immobilière qui appauvrit ses populations. La priorité de l’Empire du Milieu sera donc soutenir son activité économique avec un objectif de +5% de croissance », analyse l’éditorialiste.

Dégradation du climat des affaires

On s’en doutait, mais le climat des affaires va bel et bien en prendre un coup en 2023. L’inertie sur la consommation pèse lourd dans la balance, les Français privilégiant l’épargne (plus de 500 milliards d’encours). L’inflation continuera d’impacter les différents secteurs d’activité dont les services qui prennent +3% d’augmentation. « Mais le pic d’inflation a été atteint, précise Emmanuel Lechypre. Il faudra encore s’attendre à une inflation forte en début d’année, qui baissera à fin 2023 ». La France, en dépit de tout, s’en sort encore bien, avec un taux d’inflation de +6% contre +12% en Italie, et plus de 15% aux Pays-Bas. Tout le mérite aux entreprises, dont la résistance est surprenante. Certes, la facture énergétique est salée, les débouchés internationaux se réduisent, les taux d’intérêt augmentent… Mais la principale priorité reste la transition écologique et digitale. Encourageant. « La grande préoccupation est surtout dirigée sur la pénurie de main d’œuvre, qui résulte d’une révolution culturelle consécutive au Covid, à la baisse du seuil d’acceptabilité de la pénibilité et au vieillissement de la population, souligne l’éditorialiste. En réponse, 67% des entreprises ont gonflé les salaires et 91% n’arrivent pas à recruter. Cela a un impact lourd sur l’activité ; à tel point qu’un tiers des entreprises refusent les commandes. Et le phénomène va durer car le problème est à la fois quantitatif, qualitatif et d’efficacité ». Le nombre de candidats aux postes proposés n’a en effet jamais été aussi bas. Quant aux compétences des salariés, elles sont impactées par un niveau de formation mauvais. « En 2030, 85 millions d’emplois seront vacants dans le monde contre 370 000 en France en 2022, soit +75% par rapport à 2019, poursuit-il. C’est là que l’immigration pourrait intervenir, car elle représente 5% de la main d’œuvre mondiale, et met ce qu’on appelle de l’huile dans les rouages ». Les entreprises auront donc à relever le défi des compétences technologiques et de la mise à niveau des compétences avant toute autre chose.

Des salaires en hausse de +9% dans le BTP

Si les salaires, tous secteurs confondus, ont progressé de +3% à +4% en 2022 en moyenne pour les salariés en poste, et augmenteront encore de +5% en 2023 (vs +6% à l’embauche), la hausse se situe plutôt autour de +9% pour les salariés du BTP. « Pour l’instant, la grande peur des salariés concerne le pouvoir d’achat. Ce sont donc les salaires dont le coût est supporté par les entreprises qui sont concernés. Rappelons seulement que le meilleur investissement c’est celui qui a un coût », conclut Emmanuel Lechypre. Autre motif de satisfaction, l’activité industrielle assez atone en 2023 côtoiera un secteur du BTP qui tire son épingle du jeu. Globalement, le climat des affaires reste bon dans la Construction.
 
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