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Nouvelles technologies : les cordistes accrochent !

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Nouvelles technologies : les cordistes accrochent !
Par Julia Tortorici, le 2 mars 2020
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Les cordistes sont décidément une profession pleine de ressources. Les derniers chiffres attestent d’un chiffre d’affaires global multiplié par trois sur les dix dernières années. Une croissance importante, terrain fertile pour les abus des entreprises qui s’improvisent cordistes à peu de frais. Dans cet environnement concurrentiel, entrâvé encore par des difficultés à recruter, la corporation démontre toute sa capacité à s’adapter et à faire évoluer ses métiers, confrontés comme beaucoup à l’expansion des nouvelles technologies du numérique.  

RH et équilibristes

Dans ce marché en croissance aussi bien en France qu’à l’international, les entreprises françaises de travaux sur cordes sont très bien placées. Cette corporation à la capacité d’évolution hors du commun, est toutefois en manque criant de personnel. “Dû à son passé d’alpiniste saisonnier, le cordiste a la velléité de travailler de façon très autonome, avec un choix totalement libre de statut. De micro-entrepreneur à salarié, en passant par l’intérimaire, ces contrats aux formats diversifiés représentent une complication administrative, d’autant que nous sommes nous-mêmes soumis aux règles du code du travail et que les clients nous imposent. Un maître d’ouvrage peut par exemple exiger un certain pourcentage d’intérimaires autorisés sur un de ses projets”, explique Laurent Elles, président d’Acrotir. Des exigences peu souvent en adéquation avec les besoins personnels des opérateurs, lesquels ne souhaitent pas forcément être liés une entreprise. Le recrutement est donc à la peine. "Des offres d’emploi s’adressant à du personnel de terrain sont publiées en continu avec peu de retours malgré des formations diplômantes reconnues - le CQP1 ouvrier cordiste et le CQP2 ouvrier professionnel cordiste – et la création récente du CQP OPRN ouvrier de protection risque naturel, ainsi que du CQP TOTC technicien en organisation de travaux sur cordes”, note Clément Galandrin, responsable innovation chez CAN. “Nous pouvons chez CAN compter sur notre centre de formation FORMACAN qui dispense ces formations en alternance via les contrats de professionnalisation. Il en ressort des promotions intégrables à qui nous proposons des contrats d’embauche”. 

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Marché tendu

Une autre difficulté majeure qu’affronte cette corporation ancestrale est la diversité des environnements d’intervention (bâti traditionnel et industriel, espaces verts, mines et carrières…) et des métiers transversaux (entretien d’éoliennes, ouvrages d’art, rives de cours d’eau, sécurisation de parois…). “On ne peut pas savoir tout faire, rappelle Laurent Elles. Il faut savoir orienter au besoin le client vers des confrères aux spécialités  bien spécifiques”. Car le fait est là : “dans ce marché de niche à forte croissance, l’environnement est concurrentiel”, selon Clément Galandrin. Problème : la majorité des quelque 800 entreprises de travaux sur corde en France se dit capable de tout faire. Des entreprises se vendent moins cher auprès des maîtres d’ouvrages en faisant valoir que leur activité coûte moins qu’une nacelle ou un échafaudage, laissant les ultra spécialisés sur le carreau, et des malfaçons sur le marché. “Seule la vingtaine d’entreprises membres du SFETH respecte la règlementation, lâche, lapidaire, Luc Boisnard, fondateur et PDG de Ouest Acro. Les autres s’affranchissent de la législation”. Dévastateur pour cette profession proclamée professionnalisée. Elle peut toutefois s’appuyer depuis décembre 2019 sur une note co-réalisée par l’OPPBTP et la DGT à destination des donneurs d’ordres afin de faire régner les bonnes pratiques. 

Pris dans le filet

Le phénomène touche l’intégralité du secteur de la construction et n’est pas propre aux travaux de protection des infrastructures, pose Clément Galandrin de chez CAN. Ces technologies sont utiles à tout stade de cycle de vie d’un projet : en phase de conception où elles améliorent les études d’avant-projet. Elles participent à anticiper et mieux préparer les futures opérations mais ne se substituent pas aux interventions humaines”. Des outils d’accompagnement et de facilitation, donc, permettant d’optimiser l’échange de données entre les intervenants d’un projet. “Mis à disposition des techniciens, ils laissent davantage de temps pour se concentrer sur de nouvelles tâches et gagner en expertise. Du point de vue sécurité, les opérateurs seront bien moins exposés aux risques lorsqu’un drone aura permis de mieux cerner une zone, et de mieux quantifier les risques inhérents aux zones d’intervention”, énumère le responsable. Au sein de la société CAN, il n’a pas échappé la pertinence d’intégrer les outils numériques aux chantiers traditionnels de travaux sur cordes. “Nous disposerions d’une nouvelle technologie de gestion de l’information agissant sur toute notre chaîne d’intervention, en amont, en phase de suivi et même en aval lors du rendu client, qui optimisera nos process et nos produits, résume-t-il. L’idée, comme toujours, étant de proposer de la valeur ajoutée dans nos activités”. 

Encordés avec la technologie

L’usage de ces technologies somme toute récentes ne devrait pas bouleverser les cordistes plus que de mesure, croit-on chez CAN. Après tout, ces derniers ont toujours su faire preuve de polyvalence. Ils ont bien su s’adapter à l’évolution dans la façon d’équiper les sites (de la simple à la double corde) ou à l’émergence de nouvelles méthodes de forage et sont pratiquement tous équipés de smartphones sur le terrain. “Une innovation technique est pleinement acceptée si établie dès le début en impliquant le personnel dans la réflexion, dans la logique d’apporter une nouvelle compétence”, affirme Clément Galandrin. Avec sa solution Kamp, Ouest Acro entend révolutionner le mode opératoire établi sur chantier. “C’est en quelque sorte le camp de base digital de l’entreprise où l’info est accessible partout en temps réel, décrit son PDG Luc Boisnard. Demain, mes techniciens seront équipés de tablettes sur lesquelles ils pourront signer les plans de prévention et s’assurer d’un suivi personnalisé. Ils seront également en mesure d’alerter en cas de chantier non conforme via la prise de photos en direct. Après analyse de la situation par l’ingénieur sécurité, le mode d’intervention pourra être immédiatement modifié”. A la clé, du temps gagné, de l’efficacité, mais surtout de la sécurité. 

De bons ancrages pédagogiques

Indispensable, non négociable, incontournable, la sécurité est le fondement du métier de cordiste. Les techniciens ont, de par leur anciennes activités d’alpinistes, une excellente gestion du risque de chute. Pas toujours facile de compter sur la rigueur de certaines entreprises peu regardantes sur les équipements des jeunes en formation. Ceux-ci se voient proposer des équipements règlementés mais les refusent pour pouvoir exploiter leur propre matériel moyennant une prime d’usure. Peu importe, de nouvelles solutions se profilent par le biais des nouvelles technologies. “Nous avons développé deux modules de réalité augmentée, poursuit Luc Boisnard. D’abord pour mettre en situation de grande hauteur les éventuels candidats à un poste de cordiste et détecter un potentiel sentiment de gêne. Cela nous permet de réaliser une présélection avant formation. Dans un second temps, les candidats sont hissés dans une structure en hauteur à 50 m du sol et harnachés comme sur un bâtiment de grande hauteur. Ils sont équipés de masques de réalité virtuelle chargés d’effectuer une seconde validation de nos cordistes en situation réelle. L’objectif ? Se confronter aux enjeux de la hauteur et la nécessité du matériel de sécurité”. 
 
En toute transparence


Chaque évolution réduisant le temps d’exposition au risque est une bonne chose, juge Laurent Elles d’Acrotir. Trop souvent, les équipements de sécurité ne sont pas utilisés au bon endroit ou pas adaptés à l’utilisateur, créant des situations dangereuses, malgré la mise en place de normes depuis 1995”. Partant de ce constat, Acrotir a imaginé une intelligence artificielle (IA) – Elysa -  capable de proposer une solution expert et des options complémentaires, en prenant néanmoins en compte les normes règlementaires, et le besoin de l’utilisateur exprimées au travers de simples réponses apportées par le client via un formulaire. “Elysa enregistre le type d’architecture du projet, le besoin de l’exploitant, sur la base du cadre règlementaire, et ses éventuelles requêtes en matière d’options (ajout d’une échelle ou d’un escalier), détaille le dirigeant. Cette solution gratuite et en ligne est mise à l’entière disposition des donneurs d’ordres non soumis à l’éventuelle influence d’un technico-commercial dont l’analyse peut parfois s’avérer biaisée par des objectifs financiers”. Comprenez, à des fins de vendre son produit, ce dernier peut jouer sur la peur de l’accident ou favoriser une marque. Une attitude que cherche à annihiler Acrotir pour qui seuls l’éthique et la transparence sont en mesure de permettre aux donneurs d’ordres l’identification des offres anormalement basses. 

Des travaux décarbonés

Au contraire de travaux sur nacelles, de levage ou sur échafaudages, les travaux sur corde peuvent se targuer d’un bilan carbone favorable. Ouest Acro a souhaité poussé cet avantage avec sa solution Karbone by Ouest Acro, disponible sur iOS et Android. Ce calculateur compare de façon très pragmatique, sur la base des données du chantier et de l’âge des équipements, les émissions de carbone d’une intervention sur nacelle, sur échafaudage ou sur corde. “L’utilisateur est ainsi en mesure d’estimer le coût carbone d’un chantier. Une opportunité pour les collectivités notamment”, conclut Luc Boisnard. 









 

Crédit photo : Ouest Acro
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