Former autrement pour construire autrement : cette exigence conduit l’ESTP à repenser en profondeur ses lieux de formation et de recherche comme de véritables leviers de transition. Le cadre bâti devient ainsi un support pédagogique à part entière, destiné à offrir aux futurs ingénieurs, architectes et cadres du BTP une expérience étudiante augmentée, engageante et connectée aux réalités techniques du terrain. C’est dans ce contexte que l’ESTP a engagé, dans le cadre de son plan stratégique ESTP 2030, une mutation d’ampleur de son campus de Cachan afin d’en faire un campus innovant, durable et attractif. « Un campus transformé, tourné vers l’avenir pour être à la hauteur des transitions et des défis de demain », souligne Joël Cuny, directeur général de l’ESTP. Le projet totalise 7 400 m² de surfaces nouvelles, réparties en deux tranches. La première comprend la construction du bâtiment B2 “La Fabrique”, une halle dédiée à la recherche, à l’enseignement et à la formation continue, ainsi que le bâtiment B1 « Le Gymnase », issu de la reconstruction-reconversion du bâtiment de Lesseps en complexe sportif. La seconde tranche porte sur 1 600 m² supplémentaires avec le bâtiment B3, qui accueillera un Learning Center et un Institut de l’intelligence artificielle pour la construction. La livraison des bâtiments B1 et B2 est prévue pour novembre 2026.
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Bouygues Bâtiment Île-de-France assure la réalisation des nouveaux ouvrages et la restructuration des existants, dans une démarche architecturale respectueuse du patrimoine bâti et résolument tournée vers la performance environnementale. Le nouveau gymnase de 1 600 m² combine une infrastructure en béton et une charpente bois pour la superstructure, illustrant une hybridation constructive raisonnée. Le bâtiment « La Fabrique », d’une surface de plancher de 4 600 m², adopte une enveloppe en briques rouges qui dialogue avec l’architecture existante du campus tout en affirmant son identité contemporaine. Au-delà des bâtiments, le projet intègre un important travail paysager visant à renforcer la biodiversité et les usages extérieurs. « Nous avons engagé une démarche RSE ambitieuse, avec la réutilisation de matériaux issus de la démolition et la valorisation des déchets de chantier », précise Cyril Averlant, Responsable du chantier pour Bouygues Bâtiment Île-de-France, « un couloir écologique va également être créé afin de préserver la faune locale, notamment les écureuils roux présents sur le site ».
4 300 m³ de béton
Les travaux de fondations ont constitué un enjeu technique majeur. Le site présentait une pente marquée d’ouest en est, avec une variabilité importante des couches de sol. L’identification précise de l’altimétrie du « bon sol » pour l’ancrage des fondations a nécessité un travail étroit entre les équipes travaux, le géotechnicien et la maîtrise d’oeuvre. Le projet repose très majoritairement sur des bétons coulés en place, conformément au souhait architectural d’un rendu de béton brut porté par l’architecte Thibaut Robert. Les seuls éléments verticaux préfabriqués concernent certaines zones en limite de propriété. Afin de réduire l’empreinte carbone de l’opération, plus de 70 % des bétons mis en oeuvre utilisent un ciment CEM III, moins émissif que les formulations traditionnelles. Malgré les interrogations initiales sur la qualité des parements avec ce type de ciment, la mise en oeuvre s’est déroulée sans difficulté particulière. Parmi les ouvrages les plus complexes figure le bâtiment-pont reliant les niveaux R+2 et R+3 de La Fabrique. Cette structure, située au-dessus de la voie logistique du chantier qu’il était impossible d’interrompre, a été entièrement réalisée en éléments préfabriqués en béton, puis assemblée sur site. Le contrôle qualité du béton est resté strictement encadré tout au long du chantier, avec notamment des essais au cône d’Abrams à la livraison et des essais de résistance à la compression réalisés en laboratoire. Les ouvrages représentent un volume total d’environ 4 300 m³ de béton, dont 70% utilisent des ciments de type CEM III. Les bétons sont acheminés par le fournisseur Lafarge.
Le béton brut apparent, un parti-pris architectural
Le projet assume par ailleurs un choix affirmé de béton brut apparent pour une partie des ouvrages intérieurs et extérieurs. Soigneusement mis en œuvre, les bétons apparents font l’objet d’un travail précis sur les parements, les coffrages et les détails de joints. Ils participent à l’identité des lieux tout en réduisant les besoins en finitions rapportées. Le choix du béton brut apparent impose un niveau d’exigence supérieur, tant sur les formulations que sur les conditions de mise en œuvre. La mise en œuvre s’appuie sur des coffrages soignés, avec des peaux sélectionnées pour leur régularité et leur compatibilité avec les finitions attendues. « 100% des banches ont été nettoyées et huilées », précise Cyril Averlant.
Le réemploi des matériaux
La démarche environnementale du projet se traduit également par une attention particulière portée au réemploi des matériaux issus des phases de déconstruction. Certains éléments ont été conservés ou réintégrés dans les nouveaux aménagements. Cette approche circulaire, encore peu systématique dans les projets d’enseignement supérieur, illustre la volonté de l’ESTP de faire de son campus un démonstrateur concret des pratiques constructives responsables. Elle offre également un terrain d’observation privilégié pour les étudiants, confrontés dès leur formation aux enjeux du réemploi, de la traçabilité des matériaux et de l’économie circulaire appliquée au béton et aux systèmes constructifs. Les bâtiments reposent sur des structures mixtes voiles-planchers en béton armé. Les planchers sont majoritairement réalisés en dalles pleines coulées en place, offrant une inertie thermique favorable au confort d’été et une bonne performance acoustique, particulièrement recherchée dans les espaces d’enseignement et les lieux collectifs. Certaines zones ont recours à des prédalles ou des dalles alvéolaires précontraintes afin de s’adapter aux différentes portées et d’optimiser les délais d’exécution.
Des travaux en site occupé
Intervenir sur un site en activité avec beaucoup de vie, représente toujours un véritable challenge. Ici, Bouygues a intégré les besoins de l’ESTP à l’approche logistique du chantier dès la phase amont de l’opération. Concrètement : mise en œuvre de cheminements sécurisés dans le campus afin de séparer physiquement la circulation des engins et des piétons. Un homme trafic est dédié à l’accompagnement des différentes livraisons du chantier. Des sondes acoustiques sont installées pour permettre de vérifier que le niveau sonore émis par le chantier reste en dessous des seuils définis. Enfin, une communication quotidienne entre l’ESTP et Bouygues permet au chantier de se dérouler dans les meilleurs conditions tout en préservant le cadre de travail des collaborateurs, enseignants et bien entendu étudiants du campus.
Le chantier
Maître d’ouvrage : ESTP
Maître d’œuvre : Cabinet d’architecture Thibaut Robert & Associés
Entreprise : Bouygues Bâtiment Ile-de-France
7400 m2 de nouveaux mètres carrés
10 000 m2 d’espaces verts et VDR
40 millions d’euros : 1ère tranche (financés sur fonds propres, par emprunt et avec le concours de la Fondation ESTP et de la FNTP)
10 millions d’euros : 2ème tranche (appel à projet et mécénat)
Dates : janvier 2025 - printemps 2027