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Terrassements & Carrières

John Descombes : “Recycler est une nécessité vitale”

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John Descombes : “Recycler est une nécessité vitale”
Par Steve Carpentier, le 29 janvier 2018
John Descombes est avec son frère Yves propriétaire de plusieurs carrières dans le département de la Haute-Savoie. Issu d’une vieille famille de tailleurs de pierre et d’exploitants, il a mis l’économie des gisements et le recyclage des déchets du BTP au cœur de son activité. Interview.


Terrassements & Carrières : La société Descombes Père et fils est historiquement présente en Haute-Savoie. Comment êtes vous implantés localement ?
John Descombes : L’histoire qui lie ma famille et l’exploitation de carrières remonte à plus de cinq générations. Mon arrière grand-père était déjà dans la pierre puisqu’il était contremaître de carrière. Nous pensons sans en être réellement certains toutefois que son propre père, avant 1900, était tailleur de pierre ou exploitant. Aujourd’hui, nos propres enfants, ceux de mon frère ainsi que les miens, travaillent au sein de notre entreprise. Le lien qui unie ma famille au granulat est donc très forte. Mon grand-père Philippe avait créé sa société au sortir de la guerre en 1947, en exploitant une drague sur l’Arve. Il avait à l’époque monté une installation de lavage et de concassage de matériaux alluvionnaires à Gaillard. Il achète en 1950 une carrière au pied du Salève, puis une deuxième gravière à Etrembières, commune dont il sera maire de mars 1949 à mai 1964. Mais le développement de son entreprise est stoppé net par son décès prématuré en 1967 alors qu’il est au volant d’un camion. Mon père qui vit de manière brutale le dépôt de bilan de la société décide la même année de se mettre à son compte et de lancer l’entreprise Claude Descombes. En 1976, mon père rachète l’entreprise Gal et prend les rênes de la carrière située au centre du site des Carrières du Salève, puis s’associe avec la société Chavaz pour reprendre l’exploitation de la partie droite du site du Salève située sur la commune de Bossey. C’est en 1989 que mon frère Yves et moi même sommes associés pour fonder l’entreprise Descombes Père et Fils, laquelle perdure encore aujourd’hui.

T&C : L’entreprise familiale a donc fêté ses 50 ans d’existence en 2017. Quel est le profil actuel de votre société ?
John Descombes : En 1967, mon père a dû redémarrer une entreprise. C’est assez caractéristique de notre famille car à chaque fois, c’est le fils qui remontait une société. Ce n’est pourtant que depuis 1967 que nous avons une véritable continuité juridique. Mon père à l’époque est parti de rien, mais au fil du temps, il a embauché jusqu’à se retrouver dans les années 80 à diriger plus d’une dizaine de salariés. Le premier changement notable est intervenu en 1989 lorsque nous entrons mon frère et moi dans l’entreprise. Nous décidons en effet de nous développer notamment en créant un autre site de production et en ouvrant d’autres carrières dans la région. Le personnel monte alors à 20 personnes, pour prendre encore de l’ampleur à partir de 2005, et pour atteindre aujourd’hui 31 collaborateurs. La famille Descombes a un long historique de gestion de carrières, mais cela reste une activité qui n’est pas continue. Le propre d’une carrière, c’est de ne pas durer, puisqu’elles sont vidées et qu’il faut aller extraire ailleurs. Hormis sur la grosse carrière du Salève qui a 130 ans d’histoire et qui a une autorisation jusqu’en 2033, nos sites qui sont plutôt des sites alluvionnaires de plaine ont une durée de vie très limitée. Actuellement, la société Descombes, c’est trois carrières en nom propre, ainsi que trois plateformes de traitement de matériaux en dehors de nos sites proprement dits : la carrière du Salève, une carrière d’alluvionnaires qui se situe au bout du département de la Haute Savoie près de Bellegarde, et enfin un troisième site sur la commune de Reignier près de la Roche-sur-Foron. Nous sommes également depuis 2016 en participation à 50 % dans la carrière d’alluvions de Choisy près d’Annecy, et nous possédons aussi depuis 2010 la moitié d’une carrière sur le canton de Genève. La particularité de l’entreprise consiste à s’associer avec d’autres carriers pour gérer certains sites dans une optique de croissance externe raisonnée. En 2011, Descombes Père et Fils s’est associé avec les carrières d’Allinges pour créer une unité de béton prêt à l’emploi sur le site du Salève à Etrembières. C’est le cas également de la carrière du Salève que nous gérons depuis 2003 en association à parts égales avec l’entreprise Chavaz Père et Fils. Ce site de 57 hectares possède une autorisation de 500 000 t de granulats/an. Cette carrière de roche massive et d’éboulis est un des fleurons de la Sarl Carrières du Salève qui a été créée pour fédérer les activités des familles Descombes et Chavaz. Début 2017, nous avons enfin acheté en association avec Chavaz la carrière d’Hauteville-Lompnes.

T&C : La carrière d’Hauteville-Lompnes est une exploitation de roche ornementale. Pourquoi vous positionner sur ce secteur d’activité ?
John Descombes : La roche ornementale était un marché totalement étranger aux activités classiques de l’entreprise. Cette diversification a été poussée par une demande très forte de pierre de qualité, laquelle développe sur le marché une forte valeur ajoutée à la vente. Il est donc important d’être présents sur ce marché. A Hauteville, nous allons extraire cette année entre 60.000 et 70.000 t de matériaux, dont 30.000 t de granulats, 20.000 t de blocs d’enrochement et 10.000 t de roche ornementale. Nous sommes en phase de croissance mais à terme, le volume extrait ne dépassera pas les 100.000 t à l’année. Le moteur de la carrière va être principalement axé sur la roche ornementale. Les pièces qui de par leur qualité ne pourront être vendues sous cette catégorie noble seront commercialisées comme blocs d’enrochement. Le marché est également fortement porteur dans la région, avec une demande des communes pour conforter des digues ou le lit des rivières. La roche ornementale est donc un nouveau métier pour notre entreprise mais nous sommes très confiants quand au développement d’une activité fortement valorisée.

T&C : La croissance externe de votre entreprise est fortement basée sur des acquisitions en groupement ? Pour quelle raison ?
John Descombes : S’associer avec des partenaires nous permet de bénéficier d’opportunités que nous n’aurions pas si nous étions seuls. En Haute Savoie ainsi que dans le département de l’Ain, la concurrence est très forte lorsqu’un site de production est mis en vente. Les acheteurs sont nombreux et les offres relativement rares. Etre en groupement, cela permet de convaincre le vendeur mais aussi de pouvoir mobiliser des moyens financiers plus importants.

T&C : Le secteur des granulats semble être en pleine reprise. Quelle est la situation économique de votre entreprise dans ce climat de reprise économique du secteur ?
John Descombes : Depuis l’année dernière dans la région, l’activité dans le bâtiment, que ce soit en logement public ou privé, redémarrent. Le tertiaire est sur la même lancée pour 2018. La Haute-Savoie a des perspectives d’accueil annuel de 12.000 habitants sur les cinq prochaines années. Les perspectives de travail sur la Haute Savoie qui sont durables et bien assises et la période est assez faste pour le secteur carier. La relance est annoncée depuis de nombreuses années; mais cette fois ci, sur le terrain, cela se confirme et les effets sont flagrants. Nos clients ont leurs carnets de commandes qui se remplissent et les prochaines années nous redonnent le sourire. Sourire que nous avions perdu car en Haute-Savoie, nous avons subi une forte crise de 2008 à 2010. Tant du côté français que du côté suisse, l’activité dans le BTP était totalement à l’arrêt. Depuis trois ans, la situation a totalement basculé. Les permis de construire déposés en 2017 pour 2018 n’ont jamais été aussi importants depuis 2001. Nous vivons une véritable période d’euphorie depuis 2015. Notre chiffre d’affaires qui est généralement en dessous de 10 millions d’euros a dépassé depuis trois ans la barre des 13 à 15 millions d’euros. Notre chiffre d’affaires a ainsi été multiplié par 1,5 depuis 2015. Je pense toutefois que cette situation va se stabiliser car nous n’avons pas vocation à continuer sur une courbe ascendante aussi forte. En effet, dégager 15 millions d’euros de chiffre d’affaires avec un effectif d’une trentaine de salariés comporte des limites. Il nous faudrait nous développer encore passer à une taille supérieure et dépasser la cinquantaine de collaborateurs, mouvement vers lequel nous ne souhaitons pas aller. La raison en est simple : nous n’avons pas de réserves suffisantes devant nous car certains de nos gisements ont des durées de vie jusqu’en 2025, voire 2023. Il faudra renouveler les autorisations pour gagner en visibilité entrepreneuriale et continuer à grandir, ce que pour l’heure nous n’avons pas entrepris de faire. Nous sommes malgré tout à l’affut d’opportunités, avec une volonté toujours affichée de rester dans la région de la haute Savoie. Se développer sur d’autres départements n’est également pas dans notre business plan car cela nous obligerait de la même manière à augmenter notre effectif, ce que nous ne souhaitons pas. Mais le climat économique général a vraiment changé. Exemple flagrant : le secteur bancaire est beaucoup moins rétif qu’auparavant à répondre à des demandes de financement d’une entreprise 100 % carrière. Face à une entreprise de BTP, notre ratio de sinistralité est par ailleurs bien moindre car la crise a moins impacté les exploitants de carrière, lesquels travaillent plus dans la régularité et possèdent toujours un fonds de commerce qui garantit un minimum d’activité. Une carrière fait très rarement faillite, ce qui est loin d’être le cas d’une société du BTP.

T&C : Le recyclage et la valorisation des matériaux fait partie de l’ADN familial. Quel est le positionnement de votre entreprise dans ce secteur d’activité?
John Descombes : Dans les années 90, l’entreprise a été l’une des premières en France à s’équiper d’une installation fixe de recyclage des matériaux. Nous avons toujours voulu être moteur par rapport a ce qui à l’époque avait été demandé dans le Grenelle de l’environnement. En 2017, nous avons dépassé les 100.000 t de matériaux recyclés vendues. Ce volume qui n’a pas été mis en dépôt dans les carrières, c’est autant de place économisée pour déposer des déchets inertes provenant notamment des activités de terrassements et de démolition. Le ratio est intéressant même s’il l’est moins que dans la pierre naturelle puisque le recyclage coûte plus cher à l’élaboration. Mais le recyclage est aujourd’hui une vraie part de notre CA auquel nous consacrons déjà 20 % des moyens humains et financiers de l’entreprise. En 2017, le recyclage a représenté entre 10 et 15 % de notre chiffre d’affaires, en augmentation constante. L’objectif que s’est fixé la profession de recycler 70% des déchets de chantier est parfaitement atteignable. Nous avons beaucoup investi dans le recyclage avec une enveloppe de 5 millions d’euros dégagée pour ce segment. Sur la carrière du Salève, nous avons investi 1,5 million d’euros en outils de criblage et de concassage mobile avec la société Lheureux. Notre credo continue d’être celui que nous véhiculons depuis les années 90 : économiser la matière première aujourd’hui, c’est garantir les gisements de demain.
 
 
John Descombes, dirigeant de la société Descombes Père & Fils. Crédit : T&C
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Article issu de Terrassements & Carrières n° 162.
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